Thèses typographiques de Günther Gerhard Lange, 1999

  1. Le vecteur de l’information visuelle est et demeure l’écriture et avec elle la typographie. Quand l’écriture informe, le caractère typographique apparaît dans sa nature la plus essentielle. Quand l’écriture s’anime, la forme et l’expression sont dynamiques. Quand l’écriture proclame, ses qualités de concision viennent appuyer son propos.
  2. Le livre imprimé exige une hiérarchisation claire et des proportions adéquates, soucieuses de l’intelligibilité de l’ensemble. Le metteur en pages peut à cet effet s’appuyer sur des critères d’empagement pérennes.
  3. Le choix d’une police de caractères est fondamentalement dépendant de l’environnement immédiate ainsi que des personnes ciblées. Comme pour le choix d’une image, ce qui se joue alors c’est l’acceptation, la réception du contenu ainsi véhiculé.
  4. La typographie en tant que plaisir esthétique ou en tant que qualité technique perçue s’appuie toujours sur une écriture manuscrite personnelle et est, en fin de compte, une auto-représentation. Plus forte est l’auto-énonciation, plus faible est l’acceptation par autrui. Elle suscite, il est vrai, les vivas de ses adeptes, elle se barre cependant la route du plus grand nombre, car elle est perçue comme trop élitiste.
  5. Le travail sur la communication visuelle des grosses institutions et des entreprises est un objectif typographique particulièrement contraint dans le cadre du programme ci* dans le but d’assurer une meilleure notoriété de ses clients. L’approche individuelle est exclue. En marge de cette standardisation, il doit subsister toutefois un certain espace de liberté pour les actions particulières. * Corporate identity — une entreprise suisse allemande d’identité visuelle pour les entreprises
  6. Au même titre que dans la musique, dans le théâtre ou dans la littérature, il y a et il y aura dans la typographique des adaptations de classiques donnant des interprétations plus ou moins différenciées. La modernité va à l’encontre de cela. Elle est convaincue du bien-fondé des revendications typographiques individuelles et puis sa forme-force dans les programmes informatiques et dans les possibilités des nouvelles techniques. Son espace de liberté formelle mène aux limites de l’intelligible.
  7. Pour la jeune génération ne comptent que l’action et l’animation visuelle. Elle donne l’impulsion et ouvre l’accès au texte. Le désir de nouveauté est permanent, quitte à ce que cette dernière ne soit que l’ordre ancien caché sous un nouvel aspect, sous d’autres formes. Le conflit des générations ne commence pas seulement avec la vue qui baisse (jusqu’à utiliser avec insistance les polices dans des corps trop petits pour être lus par leurs aînés), mais plus encore à travers l’émergence de formes émotionnelles, expressives.
  8. L’augmentation continue de la part de l’image réduit d’autant la part du texte. Cela cadre ostensiblement avec les besoins du plus grand nombre, mais exige également des changements rythmés de formes et de taille, un graphisme libre, dynamique jusqu’au collage pur et simple. Face à cette misère textuelle et face à cette mode conformiste de l’illustration, les lecteurs, jeunes et vieux aussi bien, réagissent par un profond désintérêt.
  9. Le rôle du dessinateur de caractère et des graphistes doit se concevoir dans une perspective esthétique, mais pas seulement. Les tâches et les objectifs doivent se comprendre et s’accomplir selon les personnes ciblées et le sujet traité. Nous sommes avant tout des prestataires de service et nous avons une commande à la fois humaine et économique à honorer. C’est pourquoi le travail à la tâche et la maximisation du gain ne sont pas tout.
  10. Nous devons en permanence nous surpasser en terme de créativité ; nous avons le droit, que dis-je, le devoir, de quitter les sentiers battus et de nous ouvrir à l’expérimentation. Bref, nous devons innover, provoquer quand cela est nécessaire, investir nos convictions des formes d’expression adéquates — nouvelles et différentes ou meilleures qu’auparavant. Remarque : la seule constante est le changement.
    1. Traduction : Frank ADEBIAYE, mars 2009
    2. Texte mis à disposition ici et réservé à des fins pédagogiques uniquement conformément à l’article L. 122-5 e) du Code de la Propriété Intellectuelle.